Le patrimoine naturel

Marées, vasières et estuaires de la baie de Fundy

Deux fois par jour, cent milliards de tonnes d’eau de l’océan Atlantique s’engouffrent à l’intérieur des rives de la baie de Fundy. On estime ce volume d’eau à près de l’équivalent du débit de 24 heures de toutes les rivières du monde.
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La rivière Petitcodiac et l’estuaire de la baie de Shepody constituent des réseaux de marées importants influencés par les marées phénoménales de la baie de Fundy. Les marées atteignent jusqu’à neuf mètres de hauteur dans la rivière Petitcodiac et quelque 14 mètres dans le secteur de la baie de Shepody (Rochers de Hopewell), découvrant des kilomètres de vasières à marée basse et alimentant certains des plus grands estuaires dans le monde.

Sur la côte atlantique, les estuaires figurent parmi les éléments côtiers les plus marquants, tant sur le plan écologique que du point de vue de la colonisation et des utilisations humaines. Les estuaires représentent, aux côtés des forêts tropicales humides et des récifs coralliens, les écosystèmes les plus productifs de la planète, c’est-à-dire plus productifs que les rivières et l’océan qui les influencent de chaque côté.

Des marées puissantes atteignant des vitesses de 13 km/h et transportant d’énormes volumes d’eau et de sédiments en suspension remontent la rivière Petitcodiac deux fois par jour, déposant des particules de sédiments sur les berges lorsque la marée monte et ne les remettant en suspension que lorsque la marée baisse ou quand surviennent des précipitations. La combinaison de ces éléments fait de la concentration naturelle de sédiments en suspension dans la rivière l’une des plus élevées en Amérique du Nord et elle confère à la rivière Petitcodiac son surnom de rivière Chocolat.

Les roches sous-jacentes au bassin de la rivière Petitcodiac, constituées de grès, représentent la source possible de la concentration élevée de sédiments en suspension.

Le mascaret de la rivière Petitcodiac

La rivière Peticodiac doit sa renommée à son mascaret, qui se forme deux fois par jour lorsque les marées de la baie de Fundy remontent la rivière vers Moncton. Les mascarets se produisent dans les régions du monde où les amplitudes des marées sont prononcées, comme dans le cas de la région de la baie de Fundy. Le phénomène est créé et influencé par un certain nombre de facteurs, dont l’inclinaison de la rivière, le débit en aval, la morphométrie du bassin fluvial, les phases lunaires, les saisons et les vents.

La vague ou le front vertical accompagnateur remonte la rivière à l’arrivée de la marée, se concentrant à l’intérieur d’une nappe d’eau plus étroite, comme la rivière Petitcodiac. Selon l’amplitude du phénomène, la vague à l’intérieur de la rivière Petitcodiac variera aujourd’hui de quelques centimètres à 75 centimètres de hauteur (elle pouvait autrefois atteindre jusqu’à deux mètres) et atteindra des vitesses variant de quelques kilomètres/heure à 13 km/h.

Pour en connaître davantage, visitez notre page consacrée au Mascaret de la rivière Petitcodiac.

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Les Rochers de Hopewell

Les Rochers de Hopewell, situés dans la baie de Shepody, constituent l’attraction naturelle la plus renommée du Nouveau-Brunswick et l’une des plus impressionnantes des provinces de l’Atlantique. À marée basse, les visiteurs peuvent marcher sur le lit marin, entourés d’éperons d’érosion marine en forme de pots de fleurs de quatre étages de hauteur taillés dans les falaises par la force des marées de Fundy. Au retour des marées de 14 mètres, ces magnifiques colonnes de grès redeviennent de minuscules îles, qu’on peut observer des falaises voisines du parc ou dont on peut s’approcher en kayak de mer.

Les bécasseaux de Fundy

Chaque été, la zone supérieure de la baie de Fundy accueille de gigantesques bandes d’oiseaux de rivage migrateurs. Entre la fin juillet et le début août, période de pointe de la migration d’automne, jusqu’à 2 millions d’oiseaux de rivage convergent vers les vasières riches en éléments nutritifs de Fundy. Deux des emplacements les plus importants sont situés à Johnson Mills et à la pointe Marys, dans la baie de Shepody.

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Les volées d’oiseaux de rivage regroupent de nombreuses espèces, notamment le bécasseau semipalmé, dont les 95 % de la population mondiale assurent leur survie grâce aux vasières de la baie de Fundy. Les oiseaux de rivage effectuent un vol sans halte jusqu’à la baie de Fundy depuis leurs lieux de reproduction dans le Moyen-Arctique. Certains bécasseaux demeurent dans l’aire de repos de la baie de Fundy pendant dix à 20 jours pour doubler leur poids àenviron 40 grammes.

Lorsque l’arrivée d’un front froid apporte des vents arrières forts, ils s’orientent vers le sud-est par énormes volées pour finalement s’envoler lorsque la marée haute coïncide avec la fin de la journée. Leur schème de vol les conduit au large au-dessus de l’Atlantique nord, où ils regagnent les alizés qui les mènent à leur point d’arrivée à terre sur la côte septentrionale de l’Amérique du Sud : 4 000 kilomètres en l’espace de deux à quatre jours. La majorité passent l’hiver au Surinam, s’alimentant dans de vastes vasières et se perchant sur les plages, dans les rizières et dans les mangroves.

Les crevettes fouisseuses de Fundy

Les bas fonds intertidaux que laisse la décrue des eaux dans la baie de Shepody et dans la rivière Petitcodiac abritent le Corophium volutator, la crevette fouisseuse. Cette crevette d’environ 5 mm de longueur s’alimente des diatomées et des détritus que retournent les marées. Lorsque la marée s’éloigne, la crevette se précipite à la surface de la boue à la recherche de possibilités d’accouplement, se rendant ainsi vulnérable aux oiseaux en quête de nourriture.

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En Amérique du Nord, ces crevettes fouisseuses se retrouvent seulement dans la baie de Fundy et dans le golfe du Maine. La boue y renferme exactement la combinaison propice de sable grossier, de limon fin et de particules d’argile dont a besoin la crevette pour creuser ses galeries. Dans les conditions opportunes, un mètre carré de boue peut abriter jusqu’à 60 000 crevettes; la moyenne se situe entre 10 000 et 20 000. Comme ces crevettes sont riches en énergie et qu’elles abondent, elles constituent la proie la plus recherchée par les bécasseaux. Les bécasseaux peuvent se munir dans un bref laps de temps des réserves de gras nécessaires pour réaliser le vol épuisant jusqu’à leurs aires d’hivernage en Amérique du Sud.

Sanctuaires d’habitats internationaux

En 1971, la communauté internationale a adopté la Convention de Ramsar (Convention relative aux zones humides d’importance internationale) qui a permis une reconnaissance à l’échelle mondiale les terres humides d’importance internationale. Le Canada a signé cette convention en 1981. La pointe Marys dans la baie de Shepody a été désignée site Ramsar en 1982; on a aussi désigné sites Ramsar en 1987 la baie de Shepody et le secteur du bassin Minas. L’emplacement désigné dans la baie de Shepody englobe 13 400 ha de bas fonds intertidaux.

Le Réseau de réserves pour les oiseaux de rivage dans l’hémisphère occidental est une initiative de nature semblable à la Convention de Ramsar, mais il vise spécifiquement la reconnaissance des secteurs fréquentés par les oiseaux de rivage. En 1987, la pointe Marys et la baie de Shepody ont été désignées comme premier secteur du Réseau de réserves pour les oiseaux de rivage dans l’hémisphère occidental au Canada. L’année suivante, on ajoutait à cette réserve la partie méridionale du bassin de Minas, en Nouvelle-Écosse.

La réserve de Fundy (baie de Shepody et bassin Minas) représente le sanctuaire d’oiseaux de rivage le plus important dans les provinces de l’Atlantique. Pour obtenir le titre de réserve de l’hémisphère, l’emplacement doit accueillir au moins 500 000 oiseaux de rivage ou 30 % de la population de vol chaque année. La pointe Marys fait partie de la Réserve nationale de faune de Shepody, propriété du Service canadien de la faune administrée par celui-ci.

L’alose savoureuse

Dans les années 70 et 80, des recherches ont fait ressortir la richesse phénoménale en éléments nutritifs de l’intérieur de la baie de Fundy, et plus particulièrement de la baie de Shepody, et ses effets directs sur les schèmes de migration de l’ensemble de la population d’aloses savoureuses. Le Dr. Mike Dadswell, scientifique de l’Université Acadia, a marqué des aloses savoureuses le long de la côte atlantique.

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Il a découvert que leurs schèmes de migration apportent en été l’alose de l’extrémité de la péninsule de la Floride jusqu’au golfe du Saint-Laurent dans la baie de Shepody, où elle vient se nourrir dans certaines des zones d’alimentation les plus riches de la planète. La rivière Petitcodiac et ses affluents contribuent substantiellement aux réserves estuariennes d’éléments nutritifs de cette nappe d’eau.

Diversité géologique

La vallée de la rivière Petitcodiac s’est formée au cours de la période du Mississipien, il y a plus de 250 millions d’années. On pense qu’un certain nombre d’éruptions survenues pendant la dernière période glaciaire ont eu des conséquences spectaculaires sur la topographie de la région. L’extrême diversité de gîtes minéraux se trouvant dans la région du Sud-Est du Nouveau-Brunswick appelée le comté d’Albert, sur la rive occidentale de la rivière Petitcodiac, en témoigne.Le célèbre scientifique Abraham Gesner, inventeur du kérosène, a découvert un minéral bitumineux appelé albertite, dans le comté d’Albert en 1849. Plus de 200 000 tonnes d’albertite on été expédiées à Boston durant une période de 30 ans. Une zone de huit kilomètres des mines du comté d’Albert abrite en outre un gisement riche en gypse. L’ancienne usine jadis située sur les berges de la rivière Petitcodiac à Hillsborough a vu des navires exporter des cargaisons remplies de gypse extrait de ces mines aux quatre coins du monde.

Le mastodonte de la rivière Petitcodiac

Des travailleurs ont découvert en 1937 le squelette d’un mastodonte (éléphant préhistorique), presque parfaitement conservé, incrusté dans du gypse près de Hillsborough. le long de la rivière Petitcodiac. Le squelette, que l’on estime âgé de plus de 37 000 ans, a été transporté au Musée du Nouveau-Brunswick de Saint-Jean, où il est exposé depuis.
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Source: New Brunswick Museum, Saint John, N.B.

 

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