HISTORIQUE DU PONT-CHAUSSÉE

CONSTRUCTION ET CONTROVERSES (1962-1999)

Proposé en 1962 par l’Agence fédérale de mise en valeur des marais maritimes comme option pour reconstruire le système de digues dans les tronçons supérieurs de la Petitcodiac et comme alternative à la traversée entre les communautés de Moncton et Riverview, le pont-chaussée de la rivière Petitcodiac fut un projet controversé dès le début.

Les agents des pêches ont été les premiers à exprimer leurs préoccupations au début des années 1960, suivis par le conseil municipal de Moncton de l’époque, les pêcheurs commerciaux, les pêcheurs sportifs et les gens qui servaient de la rivière comme voie maritime pour le commerce.

Au début des années 1960, ces projets n’étaient pas soumis à des examens rigoureux d’évaluation environnementale ni à des consultations publiques. Par contre, plusieurs investisseurs ayant des intérêts commerciaux en construction (carrière de roches pour la construction du barrage) étaient fortement en faveur du projet, qui allait bénéficier de la création du bassin d’amont de 21 km de long dans la communauté.

La question a finalement été tranchée à huis clos en 1964, le gouvernement fédéral offrant une importante incitation financière à la province pour construire un pont-chaussée de 3 millions de dollars au lieu d’un pont. Les coûts que représentait la construction d’un pont au lieu d’un pont-chaussée n’ont jamais été présentés, mais on estime qu’ils étaient égaux ou légèrement inférieurs (2,5 millions de dollars). La construction du pont-chaussée a commencé en 1966 et le projet a été complété en 1968.

Bien que le pont-chaussée ait été équipé d’une passe à poissons, des problèmes sont immédiatement apparus en 1969 lorsque des milliers de poissons ont été trouvés morts et incapables de traverser librement en raison d’une mauvaise conception de la passe à poissons et de l’accumulation de sédiments.

Au cours des trois premières années suivant la construction, on estime que plus de 10 millions de mètres cubes (13 millions de verges cubes) de limon se sont accumulés dans les 4,8 km de rivière en aval du pont-chaussée. Plusieurs rapports de 1969 à 1971 ont décrit son impact dévastateur sur les pêcheries de la rivière, et des propositions d’amendements aux vannes du pont-chaussée ont été publiées, mais aucune mesure n’a été prise. En 1976 et 1977, des rapports fédéraux ont souligné plusieurs problèmes liés au fonctionnement des vannes en raison de l’érosion, des embâcles hivernaux et du “fonctionnement insatisfaisant des passes à poisson”.

Ce n’est qu’en 1978 que le ministère des Transports du Nouveau-Brunswick a exigé une étude sur ces problèmes. Le rapport final a recommandé trois options : continuer à fonctionner “tel quel”, continuer à fonctionner sans les vannes, ou éliminer les fuites des vannes et modifier le protocole de fonctionnement.

La troisième solution a été choisie deux ans plus tard, mais elle n’a pas permis d’améliorer la migration des poissons comme prévu. Le gouvernement provincial a décidé d’ouvrir les vannes entre le 15 avril et le 7 juillet 1988, pour permettre aux poissons de migrer en amont. Cette décision a été réitérée du 26 septembre au 31 octobre 1988, ainsi qu’au printemps 1989 et 1990 lors des marées basses. En 1991, le ministère fédéral des Pêches et Océans a recommandé d’ouvrir les vannes d’avril à décembre de chaque année. En mai 1992, un rapport d’un comité du gouvernement provincial a recommandé sept autres options pour la modification du pont-chaussée, mais le gouvernement n’a donné suite à aucune de ces options en raison du facteur “coût-bénéfice”. D’autres rapports ont fait état de problèmes liés au passage des poissons jusqu’en 1995, lorsque le ministère des Transports a accepté d’ouvrir une vanne d’avril à décembre, comme cela avait été suggéré quatre ans plus tôt. Un projet a alors été mis en oeuvre en décembre 1996 pour commencer un essai d’ouverture systématique des vannes pendant l’année, mais les conditions n’ont pas pu être physiquement remplies, et le projet a finalement cessé pour de bon le 1er juin 1999.

LANCEMENT DES SENTINELLES PETITCODIAC ET LUTTE POUR LA RESTAURATION DE LA RIVIÈRE PETITCODIAC (1999 – 2010)


L’organisme Sentinelles Petitcodiac a été créé en 1999 avec le mandat de renverser l’énorme dévastation écologique, économique et sociale causée par le pont-chaussée de la rivière Petitcodiac. Les Sentinelles ont mis en œuvre une série d’actions innovatrices en matière de communication environnementale et d’application de la loi environnementale. Ces efforts ont mené à l’ouverture des vannes du pont-chaussée de la rivière Petitcodiac en avril 2010, marquant ainsi la fin de la plus longue bataille environnementale au Canada et le début du plus grand projet de restauration de rivière en Amérique du Nord. 

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